La composition d’un passé simple
Dans toute existence pour comprendre le fil conducteur de ses propres émotions, il faut s’arrêter face au temps et développer le septième art de sa vie dans la quiétude des matins chantants. Pour exprimer quelques souvenirs, arrêtons-nous un instant sur ton grand-père Démétrio, cet homme qui s’est bâti avec comme construction un esprit directif, un sens du devoir, sans pour autant gérer les affaires courantes de manière désinvolte.
Les rares relations que tu as pu tisser,comment en être autrement sachant, qu’il était dans la fin d’un roman, où les fluides lignes se déversaient sur la page, avec un dernier soupir d’inspiration.
Ne te laisse passer griser par la facilité de l’argent, qui risque donner de faux semblants à tes propres aspirations. Il est vrai que tu l’as si peu connu ce grand-père qui te serrait si fort dans ses bras, comme si l’avenir tout entier en (Lire la suite…)
Il marche le long du ponton, et il observe les familles qui rentrent d’une virée en bateau, non il s’agit plutôt de palaces flottants. Ce ne sont pas des regards faméliques, mais bien des regards reposés, bronzés qui respirent les îles et les voyages coûteux en première classe. Pour les bambins, ils sont vêtus comme des petits princes, déjà l’on commence à ressentir leur côté lunatique et capricieux envers les nounous en prenant des airs supérieurs. Ils portent des lunettes de grandes marques, leurs tenues vestimentaires aux pliures parfaites, très soigneuses et recherchées. Leurs mères quand à elles sont souvent jeunes avec des allures colorées, elles affichent
sur leurs doigts des bagues serties de diamants et autres carats. Elles laissent paraître cette impression de jeunesse éternelle, comme ces jeunes filles sorties tout droit d’un rigoureux casting pour être l’heureuse élue d’une série glamour américaine.
-Et qu’en est-il de notre amour?
Le thé chaud sur la table de bar, avec quelques biscuits dorés aux petites oreilles, les préférés de son enfance, où dans les jours de convalescence sa mère venait lui apporter dans sa chambre avec amour et soins prodigieux.
La pluie fine et froide vient s’inviter pour remplir au fil de la journée les crevasses profondes, comme une bouche à la dentition mal entretenue couverte de caries et de dents arrachées, de cette route cabossée. Le ciel bas fait remonter les fortes odeurs de mélasse de boue. Cette boue accrocheuse, digne de roulades mémorables pour ces porcs gras à la bonne chair rosée. La faible lumière du jour va permettre de lancer le générateur à la manivelle, ou à la sangle épaisse datant de la période des pionniers pour alimenter en électricité les foyers. Pour certains habitants de la ville basse de Chicago, la flamme vacillante de la bougie va durer au delà de la fin de la journée, par ici point d’électricité!
Que pouvais m’apporter cet amour sans limites, comme une route qui conduit au fil des kilomètres là où l’imagination veut bien la mener? Notre relation était ce grain de sable dans ma vie. Par le jeu des allées et venues pour prendre le métro, chaque matin mon livre à la main, je croisais son regard qui m’évoquait un pétale de rose qui vient de s’ouvrir à la lumière du jour.
Assis sur le canapé, il fixe le plafond et il ressent une lourdeur à l’estomac, des couteaux acérés qui lui brûle les entrailles. Pourtant ce soir il a mangé avec légèreté, une petite salade, des pâtes et une côte de porc, avec en dessert un yaourt aux fruits allégés. Comme tout célibataire qui se respecte, il a son rituel qui est d’allumer la télévision en rentrant de son travail, et de se caler sur la chaîne sportive câblée pour mieux suivre l’actualité des différents résultats du monde du ballon rond.
Une maille à l’endroit, une maille à l’envers, elle tricote sans cesse, pour le plaisir de façonner des œuvres avec des pelotes de laine colorées. Pourquoi cette obsession du tricotage?
Une sirène stridente hurle dans la nuit, à l’extérieur de cette voiture de police. On ressent l’effroi des ténèbres dans le noir clair obscur. La lune se confond dans les nuages parsemés d’images aux allégories, qui ont une ressemblance frappante avec une aquarelle de Salvador Dali.
Les premiers cris de notre enfant dans cette chambre d’hôpital. Elle est née avec le rictus aux lèvres, et je ne saurais dire pourquoi je n’ai pas ressenti de joies intenses. Je le cite ici bas, pour peut-être me défaire de cette culpabilité, mais la réalité était bien présente face à moi, et quand je l’ai prise dans mes bras, son corps sanguinolent m’a donné envie de fuir loin, très loin. Je ne peux pas expliquer tout à coup cette phobie qui m’a tétanisée dans toutes les fibres de mon corps. Oui, je l’avoue, j’ai honte de l’exprimer ainsi, mais je me suis senti sans existence, un vide sidéral, ma vie a défilé comme un train à grande vitesse, où le conducteur a complètement perdu les pédales! Dois-je considérer cela comme un signe d’une grande faiblesse, de ne pas pouvoir partager avec une grandiose émotion, ces instants uniques avec ma compagne?
Elle marchait le long de l’autoroute, acte suicidaire? Elle m’a tendu le pouce de manière dégingandée, allez savoir pourquoi, est-ce geste de dépit qui a fait que je ne réfléchisse pas pour m’arrêter sur le bas côté?
Il est vrai pour certaines personnes où leurs têtes ne vous reviennent pas. Leurs manières de se comporter comme des jeunes insolents qui ont eu l’esprit quelque peu siphonné, par une maladie infantile des oreillons. Un je ne sais quoi d’arriviste, de chante merle qui crée la confusion dans les esprits dotés d’une bonne foi. Que voulez-vous, il est des personnes avec tout le respect envers l’entité humaine, qui pour une raison qui nous dépasse, et qui nous donne la nausée à la bile jaune!
L’amour est cette quête de l’impossible, mais qui nous offre la possibilité de se comprendre, pour un peu mieux se reconstruire…
Rien que le mot enfance évoque la singularité d’un monde meilleur. Oui, osons l’exprimer sans fausse pudeur, un monde prêt à nous tendre les bras, pour mieux nous cajoler.